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Le Bel Indifférentde Jean Cocteau

Le bel indifférent appartient à un recueil de textes appelé Théâtre de Poche. Cocteau entendait par-là, un théâtre qui se tient loin des grands drames, rapide et qui repose sur les interprètes. Je crois que nous avons déjà là quelques règles de travail et que la note d’intentions pourrait s’arrêter ici mais suivons l’exemple de Cocteau et prenons plaisir à une conversation prenant la forme d’un monologue.  

Partons donc de l’interprète. La pièce a été écrite pour Edith Piaf. Cette présence est à l’oeuvre dans le texte, elle le nourrit. Il semble que Cocteau se soit inspiré de la relation de la chanteuse avec Paul Meurisse, qui créa le rôle du bel indifférent. On retrouve dans la pièce quelque chose de la chanson populaire (répétitions, rythme), un lieu où le grand et le petit se mêlent, où l’amour est au centre de tout, où le destin est invoqué pour une simple scène de ménage.
Cette présence de Piaf, nous ne pouvons y échapper. Il ne s’agit bien sûr pas de
l’imiter, petite robe noire, pensée pour Cerdan et accordéon. Non, Piaf est un fantôme à convoquer, à mettre devant soi, à idéaliser. Mais dans ce texte, il y a d’autres héroïnes du panthéon cocteaulien qui sont présentes, qui parlent, la mère des Parents terribles, Elisabeth des Enfants terribles et donc là encore, ce sont les corps, les voix, les gestes de celles qui leur ont donné chaire, Yvonne de Bray, Nicole Stéphane, qui viennent chuchoter à nos oreilles.
Le théâtre est une histoire de fantômes. Une comédienne doit travailler avec eux,
faire vivre une mythologie. Je pense à Divine qui dans les films de John Waters nous rappelle Elisabeth Taylor.
Or cette pièce est en elle-même une histoire de fantôme. Le bel indifférent semble lui aussi être un fantôme, un fantasme. Par différents rituels, la femme essaie de le faire venir, venir à elle.
Il y a en lui quelque chose du Querelle de Genet, ou plutôt celui de Fassbinder, un être vivant et pourtant de fiction, dont la passivité est conservée comme un trésor. Par elle, il maintient son aura, son mystère. Par elle, il déclenche la violence, la rage, la folie. Et c’est ce qui arrive à cette femme qui se dit enfermée. Le bel indifférent provoque en elle la parole, une logorrhée, une plainte, qu’il faut bien se garder de rendre mièvre. D’ailleurs elle parle, elle crie, elle invective, mais elle ne pleure pas. L’abbé Mugnié disait que Cocteau ne pouvait pas pleurer car il buvait ses larmes. Boire ses larmes, ne rien perdre de ce qui sort de soi.
Si la femme parle, nous joue la scène de ménage, avant tout elle chante sa chanson. Une chanteuse est toujours seule en scène. Elle s’adresse à son propre imaginaire. Parfois c’est à elle-même qu’elle semble jouer la pièce. Elle se donne à voir, se renvoie son image, grande soeur des héroïnes monologuistes de Copi. Comme Cocteau enfant dans sa chambre de malade, elle s’invente un théâtre.
Mais c’est aussi le Cocteau adulte, l’écrivain qui nous parle de la création, de cet ange qui engendre, accompagne le travail artistique et qui vous laisse souvent plus bas que terre.

Distribution

Cie l'Atelier en résidence à Figeac

Représentations

Salle Balène
  • dimanche 28 juillet 2013 20h00
Tarifs

série unique
Plein16
Réduit/Bleu13
Vert10
Moins de 25 ans6

Abonnement Bleu : de 4 à 7 spectacles différents par personne, dont au moins deux spectacles de la catégorie A
Abonnement Vert : à partir de 8 spectacles différents par personne.

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